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L’astrologie ici et ailleurs :
histoire, témoignage et recherche

L’astrologie se distinct de l’astronomie à différents niveaux. D’un point de vue strictement étymologique, la première signifie le « discours » ou l’ « interprétation » des astres, alors que la seconde signifie la « loi » des astres. Dans la pratique, l’astronomie est une science exacte qui étudie et observe le ciel, les étoiles, galaxie et tente de répondre, entre autre, à la question de l’origine de l’univers. L’astrologie est plus un art qu’une science, ou si l’on veut une philosophie ou une croyance, qui prête au ciel un langage susceptible de « parler » aux êtres humains. Elle utilise, pour que cette « langue » astrologique soit compréhensible une sorte de grammaire et de syntaxe que sont les signes zodiacaux, les planètes et autres éléments de la carte du ciel établis par les astrologues.

Nous vous proposons un peu d’histoire de l'astrologie et du zodiaque et un tour d’horizon astrologique d’ici (l’astrologie sur le Territoire) et d’ailleurs avec les autres astrologiques et les astrologies « exotiques » (accès réservé aux membres de l'association). Enfin, d'un point de vue sociologique, nous poserons la question : les astrologues sont-ils ethnocentriques? (accès réservé aux membres de l'association).

Histoire de l’astrologie : l’astrologie au Porche-orient

L'histoire de l'astrologie a connu, en gros, trois phases. Au Néolithique les cultures ont développé un culte astral. Ce fut la première phase. La seconde phase, à la fin du Néolithique, s'est caractérisée dans le « croissant fertile » (Egypte, Mésopotamie) par une "astrobiologie" qui mettait en relation le cycle végétal avec celui des astres, parallèlement à l'émergence du despotisme du IIè millénaire. C'est la troisième phase qui nous intéresse lorsqu'on parle d'astrologie proprement dite. Avec, entre le VIè et Vè s.: l'arrivée du zoroastrisme persan, la relecture des Veda de l'hindouisme (c'est à dire l'Ecriture des Upanishad), le pythagorisme et le bouddhisme...; une sorte de "révolution culturelle et religieuse" a fortement ébranlé l'imaginaire. L'astrologie a y gagné une élaboration plus pointue. La destinée deviendra individuelle parce qu'elle dépend des moments précis de naissance et de conception régis par les astres. Entre le Vè et IVè s., l'aspect spéculatif de l'astrologie prend son essor, dans le monde hellénique, en dépit des réserves faites par les philosophes présocratiques (excepté les pythagoriciens). Les babyloniens, dont on ne sait s'ils avaient développé cet aspect spéculatif, ont en revanche apporté au monde hellénique une connaissance astronomique certaine. Le zodiaque des constellations avait été repéré, le zodiaque des tropiques vraisemblablement découvert au IVè s. et les révolutions sidérales des 5 planètes connues du monde antique été établies avec précision. Bérose, l'astrologue babylonien qui enseignait à Cos, en Grèce, après le retour de campagne d'Alexandre le Grand, témoigna d'une astrologie « eschatologique » d'origine orientale: selon lui le monde était régi par le feu et l'eau qui doivent l'entraîner dans une destruction totale lorsque les planètes se trouvent alignées sur l’axe des solstices (c'est-à-dire les signes du Cancer et du Capricorne). Le pythagorisme véhicula également la prééminence de cet axe, ainsi que les Upanishad. La métempsychôsis pythagoricienne et la transmigration des âmes de la doctrine hindouiste, sont à ne point douter en étroite corrélation à l’élaboration d’une mystique astrale.

(source : Louis Cruchet, conférence du 5 octobre 1995, salle de l’assemblée, Papeete)

L’astrologie en Grèce antique

La pensée astrologique hellénique se trouve à la croisée de sources différentes : philosophies, mystiques, pré-rationalités, dont l'astrologie a hérité du Proche Orient, des Ioniens et des pythagoriciens. Elle peut également être appréhendée à travers ce qui peut nous sembler aujourd'hui des courants contraires. Tout au moins deux apports semblent difficilement conciliables: l'apport mystico-magique du Proche Orient babylonien et égyptien, et l'apport philosophico-rationnel des Grecs.

Une astrologie savante

D'autre part, l'astrologie évoluait vers un type d'astrologie énergétique. Du Vè au Ier siècle, la théorie des 4 éléments évolua parallèlement à celle des physiciens grecs qui pensaient que la vie pouvait se réduire à des éléments énergétiques simples. Empédocle d'Agrigente (490-420) formula une théorie selon laquelle tous les éléments étaient impliqués dans la création: feu, air, eau...et terre constituaient les 4 éléments de l'univers, alors que chacun de ces prédécesseurs philosophes avaient rendu un élément unique responsable de l'origine du monde. Hippocrate (460-377) attribua à chacun de ces 4 éléments un caractère humain, une pathologie, une humeur. Aritote, au IVè siècle, fixa la nature de ses éléments, résultant de l'association entre le chaud, le froid, le sec et l'humide.

Les éléments dans le zodiaque

Posidonius d'Apamée (135-51), reprenait les conceptions des philosophes précédents, mais replaçait les éléments dans une conception atomiste d'un univers conçu comme un organisme énergétique: les signes et planètes ne devaient plus rien aux forces divines mais à l'association d'énergies élémentaires.

Aristarque (IIIè s.), par sa représentation héliocentrique de l'univers, et Hipparque (au IIè s.), par sa découverte des tropiques, donnèrent tous deux  une vision de l'univers qui n'avait plus rien  à voir avec une cosmologie symbolique. La découverte de la précession des équinoxes et du zodiaque tropique, corollaire de la découverte d'Hipparque, apporta au zodiaque une structure qui devait rendre compte du rôle des planètes et des astres. Les constellations du zodiaque  donnaient leurs noms aux signes du zodiaque, mais ne se confondaient plus.

 

Les constellations n'avaient été que des toiles de fond sur lesquelles les planètes se projetaient; les signes, eux, devaient leurs réalités aux passages des planètes et des astres sur les plans conjugués de l'équateur et de l'écliptique.


Le phénomène de la précession des équinoxes


Ptolémée, astronome et astrologue

L'oeuvre du géographe astrologue du IIè siècle est sans précédent. Sa Tétrabible, reste encore la « bible » des astrologues modernes. Dans son Livre I, Ptolémée distingue l'astrologie de l'astronomie, dont il dit (de cette dernière) qu'elle atteint plus de précision, mais il adopte le système géocentrique dans la vision astrologique qui place l'homme et la terre au centre de l'univers. Il déclare que l'on peut « juger des humeurs et des tempéraments des hommes par le moyen de la qualité du ciel ». L'astrologie, par la théorie des éléments, donnait naissance à une première typologie zodiacale : chaque signe est étudié en fonction de l'élément auquel il appartient, donnant ainsi du zodiaque une vision systématique.

De la vie de Ptolémée nous ne savons presque rien, d'une culture grecque, Ptolémée vivait dans un environnement à la fois proche oriental et romain. Sans doute n'a t-il jamais quitter Alexandrie, où il pouvait disposer d'une riche bibliothèque, qui avait été incendiée en 48-47 av. J.C., mais qui fut probablement reconstituée assez vite. La ville bénéficiait toujours de son prestige intellectuel, et Ptolémée vivait dans un IIè siècle (ap.J.C) de paix et de relations cosmopolites où le syncrétisme hellénistique s'ajoutait au rationalisme de la romanité. Par leur intermédiaire, les cultes orientaux, les religions à mystère, les pratiques magiques, l'astrologie, se répandaient jusque dans les milieux les plus populaires, sur le tour du bassin méditerranéen. C'est dans un climat de religiosité désordonnée qu'il faut replacer, la tentative de Ptolémée visant à structurer l'astrologie et à l'asseoir sur des bases apparemment stables et rationnelles.

Persistance d'une mystique astrale:

Parallèlement une mystique astrale perdurait. Pythagore avait développé, au VIè siècle (av.J.C.), une astronomie à la fois rationnelle et mystique. Sa "géométrie du ciel" donnait aux planètes des rapports d'angle spécifiques qui leur conféraient une nature favorable ou au contraire néfaste. C'est cette assertion qui prévalut au cours de l'établissement de la théorie des "aspects" (rapport d'angle) planétaires. La doctrine du salut des âmes, qui avait probablement été inspirée par les croyances orientales, donnait aux « portes » des solstices un rôle privilégié: au Nord, le solstice du Cancer ouvrait la porte aux hommes; au Sud, celui du Capricorne, ouvrait la porte des Dieux.

 

Cette division du ciel fut largement reprise au moyen âge, avec les représentations des « trois ordres » de la société médiévale, puis  la représentation de la « Portes des dieux » sous le signe du Capricorne, sous lequel figure Saturne à l’instar d’un roi couronné, et celle de la « Porte des Hommes » sous le signe du cancer, où apparaît, Diane, la déesse lunaire de la chasse (ci-contre : extrait du Livre des Propriétés des choses de Bathélémy l’Anglais, folio 169, XVè siècle).

Le babylonien Bérose, au IIIè s., évoquait le déluge pour justifier de l'importance d'un axe solsticial. Pythagore a t-il repris les thèses babyloniennes, pour élaborer un concept mystique?

Louis Rougier a prouvé l'existence d'une religion astrale des pythagoriciens (L'origine astronomique de la croyance pythagoricienne en l'immortalité céleste des âmes, 1933), qui reposait sur la foi en une dualité Terre-Ciel, dont la Lune constituait la zone de partage. Cette dualité, sensiblement présente dans les religions solaires orientales, indo-européennes, s'exprimera dans le monde antique hellénisé et romain par l'arrivée des croyances médiques (Perse) et phrygiennes, et, en autre, les cultes solaires mithriaques (ci-contre, stèle représentant Mithra, musée du Louvre).

Pourtant, à l'âge classique, la Grèce connaissait un conflit virulent entre science et religion. Les philosophes ioniens dont Anaxagore (425-500) faisait partie, ne furent guère bien accueillis à Athènes. Socrate, à propos d'Anaxagore, nous laisse cette remarque pleine de déception: « Je vis un homme qui, loin d'avoir recours à l'Esprit pour expliquer l'arrangement ordonné des choses, évoqué, pour cela, les actions de l'air, de l'éther, de l'eau, de quantité d'autres causes tout aussi déconcertantes » (Platon, Phédon). Socrate meurt en 399, son disciple Platon condamne les « charlatans » (c.-à-d., les chaldéens, devenus synonyme d'astrologues) mais, dans le Timée, il reprend les doctrines pythagoriciennes auxquelles il avait été initié par Archytos de Trente en Italie du Sud. Son disciple Philippe d'Oponte donnait pour la première fois, dans son « Epinomis »,  les noms que l'on connaît actuellement, des Dieux aux planètes. Les stoïciens du IIè s. verront alors dans les astres les Dieux eux-mêmes. Peu à peu les divines planètes devenaient des puissances fatidiques. Le néo-platonicien Porphyre (235-305), et surtout Jamblique (mort v.330) son disciple qui voyait deux natures dans l'homme, l'une divine et pure, l'autre soumise au destin imposé par les astres, en vinrent à développer des croyances très proches d'une religion astrale.

Le Gnosticisme participe d'un mouvement néoplatonicien, auquel est mêlé d'autres traditions notamment la tradition judaïque et égyptienne. Alexandrie devint le centre culturel du monde hellénistique et romain au début du christianisme, et le syncrétisme judéo-hellénistique, notamment avec Philon d'Alexandrie, l'Hermétisme gréco-égyptien et la kabbale juive, contribuèrent à l'élaboration d'une Tradition ésotérique et à une "philosophie de l'Un" dont le néo-platonicien, Plotin (204-270), se fit le défenseur au IIIè siècle de notre ère.

Le Gnosticisme insiste sur le caractère dualiste de l'homme et paraît essentiellement pessimiste, mais ne rend pas Dieu responsable, ce qui a conduit les néoplatoniciens à adopter une croyance qui accorde cette responsabilité aux astres, en dépit des réserves faites par Platon lui-même. Les récentes découvertes des manuscrits de la Mer Morte, à Qumram, laissent supposer que les Esséniens, chez qui le "Maître de Justice" (alias Jésus de Nazareth ou un autre prophète inter testamentaire) aurait séjourné, ont été de fervents adeptes de l'astrologie, voire préconisaient l'emploi de l'horoscopie pour connaître la part de lumière et celle des ténèbres qui habitaient le nouveau né, conformément aux religions dualistes qui se sont épanouies au Proche Orient et en Iran (manuscrit 4Q 186, in Revue de Qumram, R.H. Lemann, 1975). Enfin, la Pistis Sophia, textes apocryphes très contestés, aurait été selon certains exégètes un texte d'initiation astrologique où Jésus aurait expliqué l'emplacement des planètes par rapport au Créateur.

(extrait d'un manuscrit de Qumran)

Science ésotérique gréco-égyptienne, par association des Dieux psychopompes Thot et Hermès, l'Hermétisme s'est constitué à partir de textes, mythiquement inspirés par Hermès Trimégiste ( trois fois juste), écrits entre le IIIè s. av. J.C. et le IIIè s. ap.J.C. et contenant des énoncés tant d'astrologie populaire qu'initiatique. L'astrologie gréco-égyptienne était: opératoire, par la facturation de pentacles, de talismans, de carrés magiques; médicale, par la pratique de la « mélothésique », ou « sympathie universelle » entre les parties du corps et le cosmos; spéculative et métaphysique. L'Hermétisme ouvrait de nouvelles perspectives à l'homme soucieux de son salut et confronté aux religions ritualistes du monde romain: le salut de l'âme et la transcendance de la destinée. « J'ai conquis le destin et le destin m'obéit », nous annonce la Louange d'Isis et d'Osiris.

Tout ce passe donc comme si l'apport spéculatif grec et la rationalité ptoléméenne ne parvenait pas à « chasser les démons » du mysticisme oriental. Les religions de salut, le messianisme chrétien, le mythe du retour à l'âge d'or et l'essor du culte impérial à Rome, ne peuvent être appréhendés sans une relecture astrologique.

A travers la persistance des contradictions inhérentes au syncrétisme de la pensée astrologique, quelle voie l'astrologie pouvait elle prendre ?

(source : Louis Cruchet, Les astrologies, mémoire de maîtrise, Besançon, 1993)

 

L’astrologie à Rome

C'est surtout au début de notre ère que pratiquement tout le monde, chrétiens, païens et juifs semblablement, acceptaient l'idée selon laquelle le destin pouvait être prédit et celle des pouvoirs des planètes. Rome fut particulièrement sensible aux dangers politiques potentiels et périodiquement, en cas de crises nationales, elle bannit tous les astrologues professionnels, néanmoins aucun interdit n'eut d'effet permanent et les empereurs eux-mêmes eurent souvent recours à des horoscopes. L'astrologie romaine fut l'héritière d'un double legs gréco-oriental: d'une part, elle fut le réceptacle du mysticisme astral, d'origine pythagoricienne, et, d'autre part, elle reçut le legs des cultes orientaux et tout particulièrement celui de l'Egypte ptolémaïque (province annexée après la bataille d'Actium). Déjà Scipion Emilien, le second Africain ( SYMBOL 85 \f "Wingdings" 129 AC.), formait, dans le Songe de Scipion, une théorie astrologique de l'immortalité des âmes (Cicéron, De la République). Trois auteurs nés au Ier siècle, Varron, Virgile et l'architecte Vitrule, se sont tous intéressés à la tradition pythagoricienne. L'âge d'or mythique, d'origine platonicienne, fut le corollaire du mythe hésiodique des cinq races repris par Ovide et Virgile. Ce dernier fit aussi l'apologie du nouvel âge d'or qu'Auguste semblait instaurer en ouvrant l'ère de la paix romaine et ainsi en instituant la « renaissance » romaine.

Le mythe de l'âge d'or

Voici que commence le grand ordre des siècles, nous dit-il. Virgile prétendait que l'humanité était entrée depuis plusieurs années dans le siècle d'Apollon et qu'allait suivre un nouvel âge d'or, le siècle de Saturne. Pendant l'âge de fer, la Vierge, horrifiée par les crimes des hommes, était montée au ciel sous la forme de la constellation éponyme (Virgo), mais, selon lui, à l'âge d'or elle descendrait habiter la terre et veillerait à la restauration du siècle de Saturne. Il semble que les mythes romains aient été tributaires d'un imaginaire assujetti à de nombreuses interprétations par les pontifes de la religion officielle. Les interprétations astrologiques n'y ont probablement pas été étrangères. Lorsque César franchit le Rubicon, le néo-pythagoricien Nigidius Figulus annonçait le début d'un drame cosmico-historique qui allait mettre fin à Rome et même à l'espèce humaine, ceci dans l'optique de l'astrologie eschatologique chaldéenne qui prévoyait une conflagration universelle. Virgile, opéra alors une interprétation du dernier siècle à venir, de la tradition gréco-romaine, pour interpoler le « siècle du Soleil » destructeur, qui devait provoquer la combustion universelle, avec le « siècle d'Apollon » (le dieu delphique étant en relation astrologique avec l'astre du jour). Ensuite, Virgile s'efforça de rassurer les Romains quant à la durée de la Cité : dans son Enéide, Jupiter assure qu'il ne fixe aucune limite à l'Empire. Enfin, après sa publication, Rome est nommé urbs aeterna, et la date de naissance du prince fut considérée comme le point de départ de l'Univers dont Auguste a sauvé l'existence et changé la face. L'effet des poèmes de Virgile est analysé par M. Eliade comme une tentative de libération de l'histoire du destin astral ou de la loi des cycles cosmiques. Cette catharsis à pour objet de retrouver, par le mythe de la rénovation éternelle de Rome, le mythe archaïque de la régénération annuelle du cosmos au moyen de sa recréation périodique par le Souverain, Auguste devenant le souverain répétant la création du cosmos. 

comète et apothéose

Au moment où Octave crée l'idéologie du principat, il se fait appeler Augustus : celui qui possède l'augus, une force qui l'habilite à remplir ses fonctions conférées par les dieux. Cette force devait conduire les grands de ce monde à l'égal des dieux, conformément à la philosophie en vogue depuis Evhémère. Si, pour certains néo-pythagoriciens, l'ascension céleste s'appliquait à toute âme, pour peu qu'elle puisse mériter le ciel par ses vertus, pour d'autres le ciel était réservé aux seuls personnages illustres.  Cicéron, dans son Songe de Scipion, reprenant les théories pythagoriciennes, fit de la Voie Lactée le séjour des «nouveaux héros ».

 

Ainsi, la comète la plus illustre de toute l'histoire romaine est celle qui apparut après la mort de César en septembre 44, alors que l'on célébrait des jeux en son honneur parce que le peuple crut qu'elle annonçait le retour de l'âge d'or et l'accès au ciel de l'âme du dictateur. César fut, dès lors, représenté avec une étoile sur le front, dans la statuaire, et c’est dans la numismatique romaine que César le sidus Iulium prit l’aspect d’une étoile à six ou huit branches. Virgile chanta son étoile : « Voici que s'est avancé l'astre de César », ce qui contribua à affermir le nouveau régime instauré par Octave et ouvrait la voie à la pratique de l'apothéose impériale.


 

Auguste, né sous le signe du capricorne

L’apothéose d'Auguste cache cependant une autre réalité où les astres, cette fois, jouaient un rôle directement lié à la propagande politique.  Auguste publia son horoscope en 11 de notre ère et l'utilisa pour la frappe de sa monnaie.


Le signe du Capricorne, signe « lunaire » de la naissance du princep, tenant un globe (orbis terrarum) auquel était attaché un gouvernail, et sur lequel figurait une corne d'abondance (cornucopiae), était visible sur le revers des pièces frappées entre 22 et 15 avant notre ère. Sur l'avers figurait une effigie anépigraphique d'Auguste (Aurei frappé en Espagne dans l'atelier d'Emerita et de Colonia), et sur l'avers d'une autre (Citophori, frappés en Orient, 27-20 avant notre ère) le même Capricorne figurait, au-dessus de la frappe « AVGVSTVS », entouré d'une couronne triomphale encerclant l'effigie comme le zodiaque encercle le monde.

Suétone au IIe siècle de notre ère fit naître Auguste « un peu avant le lever du Soleil » à Rome, le 9 des Calendes d'Octobre (21/23 septembre) sous le consulat d'Antoine (63 avant notre ère). La description de l'horoscope d'Auguste établi par Théogène est  exacte, du point de vue astrologique, et se conforme à la symbolique orientale des puissants. Théogène, qui vivait sur le substratum mythologique des rois orientaux identifiés au Taureau, nous dit que :

« Saturne était dans le Taureau (...), Mars dans le Taureau et Vénus [y faisait face] dans le Scorpion » ( Suétone, Aug, 94, 12). De plus Jupiter et Mercure, selon Suétone, était en « exaltation », ce qui a tendance à conférer au prince les attributions mythologiques de Mercure (don oraculaire) et de Jupiter (souveraineté).

 

Enfin et surtout, la Lune se trouvait dans le signe du Capricorne, ce qui nous amène à la polémique du fameux "Camé de Vienne" sur lequel figure Octave (au côté de Saturne) au-dessus duquel figure le signe du Capricorne. Lorsque l'on sait que le signe du Capricorne est celui de la « porte des Dieux » des pythagoriciens, qu’il est symboliquement lié à la corne d’abondance de la Fortune (symbole romain) susceptible de redresser le gouvernail du monde, on comprend mieux l'importance du signe du point de vue cosmologique, au sens du mythe de Platon, et du point de vue politique, au sens de la Tyché des nouveaux hommes.

 

De fait, la « réalité » astronomique du signe du Capricorne a été utilisée par son rapport à une lecture astrologique, système de référence techniquement correct aux yeux des augures romains (la lune étant dans le signe du Capricorne), induite par un système de références mythologico-cosmologiques. L'imaginaire astrologique des Romains aurait ainsi permis une lecture horoscopique de la naissance du prince et fourni à ses vertus cardinales les symboles astraux dont il avait besoin pour accéder à l'apothéose.

 source : Louis Cruchet, Des ciels et des Hommes…, thèse de doctorat, Papeete, 2001

Le zodiaque

Zodiaque des signes et constellations (source : w.w.w.astroclic.net)

Le zodiaque des tropiques (voir ci-contre) ressemble fort à un zodiaque saisonnier, alors qu’à l’origine la symbolique semble très différente de celle des saisons. Le zodiaque est marqué par l’histoire culturelle et par les idéologies des sociétés qui l’ont « inventé », par conséquent, par ces convenances nous sommes très loin de la symbolique des saisons. Cette dernière a pu être réellement déterminante pour les constellations qui marquaient à une certaine époque le printemps, comme ce fut le cas pour le Bélier, dans lequel le Soleil transitait au début du printemps (entre 2.000 ans avant J.C. et les débuts de notre ère), comme ce fut probablement le cas pour le Taureau, où le passage du Soleil avait lieu au commencement de la même saison (entre 4.000 et 2.000 ans avant J.C.), mais il faut savoir qu’alors il s’agissait du zodiaque des constellations (ou « zodiaque sidéral ») et non du zodiaque des saisons (ou « zodiaque des tropiques ») qui est le plus largement usité aujourd’hui par les astrologues occidentaux. A l’heure actuelle, deux grands courants astrologiques dominent, celui qui prône une astrologie « traditionnelle » issue de différentes traditions anciennes (dont la tradition du zodiaque sidéral) qu’il faut chercher à concilier, souvent par de nombreux compromis donnant la préférence à telle ou telle autre tradition, et celle dite plus « moderne » qui tente de donner une assise plus scientifique à l’astrologie en prônant un zodiaque des saisons (dont l’école « conditionaliste » qui prône un zodiaque « photo-périodique »). Mais dans la plupart des cas, nous avons affaire à des pratiques zodiacales très hétéroclites où le zodiaque apparaît comme une sorte de syncrétisme où cohabitent certains signes saisonniers avec d’autres signes plus « symboliques », sans grande unité structurale.

De façon schématique on peut reconsti­tuer les 12 signes du zodiaque  selon la tablette de Cambuse datant du VIè siècle avant notre ère, de la manière suivante.

- Le Bélier : les anciens peuples bergers et les éleveurs de petit bétail voyaient une correspondance entre le retour du printemps, la transformation de la Terre et la prolifération des troupeaux, d’où la signification du bélier, symbole de renouveau vital.

-  Le Taureau : ce signe proviendrait des éleveurs de gros bétail d'Asie mineure. Certainement très ancien, il aurait été lié au culte solaire introduit par les sumériens venus de l'Est. On a trouvé sur des sceaux les représentations de Taureaux et Scorpions à partir de 3 000 avant notre ère lorsque le Soleil se levait dans la constellation du même nom le 21 Mars et se couchait à l`automne dans le Scorpion.

- Les Gémeaux : ce nom se retrouve dans d'anciens textes cunéiformes. D'un dragon bicéphale pour les sémites du Nord, ils deviennent deux hommes unis par le tronc et les bras et donc d’une certaine manière toujours bicéphale.

- Le Cancer : d'abord têtes rapprochées d'un dragon mâle à tête de vautour et d'une femelle à tête de Lion, donc comme les Gémeaux bicéphales, la constellation devient l'image d'une écrevisse ou d'un crabe.

- Le Lion, sur d'anciennes frises de Babylone, prend souvent la forme de démon. Il devient Lion en tant qu'animal royal symbole souverain des rois régnants sur la Mésopotamie.

- La Vierge : on voit dans ce signe un vestige du concept matriarcal qui a longtemps dominé le monde méditerranéen pré indo-européen de l'Espagne à l'Euphrate. La déesse de la fécondité est transposée en une Vierge que les femmes de Babylone prient sous le nom d'Ishtar que l’on assimile aussi à Vénus ou aux divinités lunaires.

- La Balance : il s'agirait d'un signe récent car l'épopée de Gilgamesh (écrite par les anciens Sumé­riens, dont on a retrouvé de nombreux fragments) ne le mentionne pas. Il correspondrait d'abord au teneur de Balance représentant le marchand des premières grandes cités de Mésopotamie.

- Le Scorpion : l'animal fut très redouté en Babylonie car les annales citent des morts royales provoquées par leur piqûre. Dans les vallées d'Akkad, le Scorpion est assimilé à Girtab, c’est-à-dire « celui qui pique ».

- Le Sagittaire : les Babyloniens le représentaient comme un signe hybride possédant une certaine majesté. Les Grecs en feront un Centaure.

- Le Capricorne : en Mésopotamie, il s'agit d'un être double, sorte de poisson-chèvre redouté.

– Le Verseau : à Babylone, il est représenté sous la forme d'un homme agenouillé versant la pluie d'une urne. Plus tard ce sera le porteur d'amphore qui apporte les inondations.

- Les Poissons : se rapporte aux pêcheurs de l'Eu­phrate et du Tigre qui auraient remarqué des corres­pondances entre cette constellation dans le ciel et l'époque du frai dans les fleuves.

Depuis plusieurs siècles constituée en discipline consacrée aux événements généraux et publics, l'astro­logie commence un développement consacré à l'individu on parle alors d'astrologie « généthliaque ». Le passage est flou mais certainement situé en Mésopotamie. Un « horoscope » babylonien est daté de 410 av. J.-C.. Il semble que sous la domination des Perses, la religion babylonienne se modifie et tend à mettre davantage l'accent sur le caractère unique de l`existence de chacun et sur l'influence prépondérante de l'état du ciel à la nais­sance. Une série d'horoscopes de naissance ont été découverts sur tablettes d'argile, tous précédant les premiers horoscopes Grecs sur papyrus trouvés en Egypte (10 av. J.-C.). C’est la naissance de l’horoscopes qui donne la prééminence au signe ascendant, c’est-à-dire celui qui se lève à l’horizon Est du ciel de naissance. Les Babyloniens avaient donc mis au point des méthodes astrologiques d'analyse des horoscopes de naissances individuelles avant les Grecs.

Le zodiaque antique

 

 

L’astrologie sur le Territoire

Les Polynésiens d’aujourd’hui considèrent-ils que le ciel est susceptible d’influencer leur destinée ou leur caractère. Si l’astrologie moderne s’éloigne de beaucoup des pratiques ancestrales, l’aujourd’hui des croyances astrologiques n’a pas beaucoup différés avec l’arrivée de la société de consommation. Une enquête sur le terrain a révélé que la croyance était à peu près la même qu’en métropole, il y a tout au moins dix de cela. En effet, nous avions à l’époque, réalisé un sondage pour un ancien quotidien de la place (aujourd’hui disparu), intitulé « Le marché des nouvelles croyances ». Voici les résultats de cette enquête, comparés à ceux de métropole.

« En Métropole, on croit moins aux prédictions des voyants qu'en Polynésie

Nous avons procédé à une petite analyse en mettant en regard les taux le plus représentatifs des croyances (oui je crois, non je ne crois pas) des lycéens et des actifs locaux, par rapport aux croyances déclarées en 1994 dans une étude faite par la SOFRES, portant sur les mêmes questions. Dans l'ensemble les croyances sont très proches de celles rencontrées en France dans un intervalle d'un an (SOFRES, 1994). Excepté pour la croyance en la guérison par le magnétisme (imposition des mains), les actifs et les lycéens croient, en Polynésie, aux mêmes phénomènes parapsychologiques qu'en France. Le doute est cependant beaucoup plus franc et net en ce qui concerne les capacités des voyants à deviner l'avenir en Métropole (72%) qu'à Tahiti (50% des actifs). Même chose pour la croyance aux extraterrestres sur terre, aux rêves qui prédisent l'avenir, à l'inscription de la destinée dans les lignes de la main.

Sondage comparatif

 

 

 

Horoscophiles

Horoscophobes

 

 

Regardez-vous

 

 

 

 

votre horoscope? oui, très souvent

 

oui, assez souvent

25%

non, rarement

non, jamais

11,5%

 

Les actifs

9%

54,5%

 

 

Les lycéens

9%

 

36,5%

50%

 

4,5%

 

Totaux (100%)

9%

 

29%

53%

 

9%

 

En Polynésie 1995*

 

38%

 

 

62%

 

 

En Métropole

12%

 

23%

33%

 

32%

 

SOFRES 1980**

 

35%

 

 

65%

 

 

* Étude réalisée en octobre 1995 par l'équipe de "La Tribune" et de "Tahiti Matin".

* * Étude réalisée pour le magasin? "Elle" du 7 au 13 juin 1980.

 

 

 

Après le premier choc pétrolier, l'Occident sombre dans une déprime qui se manifeste en France, pays peu « astrophile » jusqu'ici, par une montée spectaculaire des ventes d'ouvrages traitant d'astrologie. Sur le territoire, les ouvrages en question se sont bien vendus, mais la clientèle semble être restée popaa alors que, chez les libraires de la place, les lecteurs des rayons de l'occulte semble aujourd'hui de toutes origines.

De plus, notre enquête auprès de la population locale, nous a montré que nous sommes autant « horoscophile"» (ceux qui lisent leur horoscope) en 1995, que les Métropolitains l'étaient en 1980. Cela signifie que nous sommes préoccupés actuellement en Polynésie par notre horoscope et, en dépit du caractère ludique de la lecture de notre horoscope quotidien, probablement aussi préoccupés par notre avenir. Mais cela ne signifie-t-il pas autre chose : ne vivons-nous pas dans cette décennie une actualisation de ce que vivent les Métropolitains confrontés à une crise économique internationale à laquelle nous avons pu échapper jusqu'ici grâce à la « rente atomique »? Voila une « bombe » à retardement qui semble être le corollaire de la crise sociale que nous connaissons actuellement sur le territoire. »

(source : L.C., « Le marché des nouvelles croyances en Polynésie »,
Tahiti Matin, samedi 23 décembre 1995, pp.11-14)

 

L’astrologie aujourd’hui : l'intox continue

 

Les astrologues sur le Territoire sont actuellement très peu, dans l’annuaire un seul réponds à l’appel, il s’agit de « Dany » (ou Danièle Soriat), alors qu’il y dix ans ils étaient trois ou quatre à professer. « Les Polynésiens sont plus attirés par la voyance, mes clients astrophiles (ceux qui aiment l’astrologie) sont plutôt popaa ou Chinois », nous confie l’astrologue exerçait actuellement à Tahiti. Si bien que l’astrologue doit aussi se faire cartomancien et utiliser les tarots pour répondre à la demande des Polynésiens. 

Une autre astrologue, Catherine Alexis, nous confiera qu’un certain goût pour l’astrologie s’exerce tout de même chez certains métropolitains qui demandent à prendre des cours. Enfin, il faut savoir que la pratique astrologie, à Tahiti, s’accompagne souvent de prestations relevant de la psychothérapie, en proposant, par exemple, un travail sur les « régressions ». Il est vrai que le marché du livre se porte mieux en matière de voyance, d’ésotérisme proprement dit, qu’en matière d’astrologie, peu d’ouvrages spécialisés en astrologie sont en vente dans les librairie, si on les compare aux très nombreux ouvrages sur la spiritualité, la vie après la mort ou, mieux encore, le coaching et la formation personnelle très en vogue actuellement. On peut donc en conclure que l’astrologie est un peu passée de mode sur le Territoire et que l’actuelle crise économique ne semble pas bouleverser la croyance astrologique pour autant.

Cependant, cela n’empêchera jamais, l’omniprésence de l’intoxication télévisuelle de l’horoscope, qu’il soit « occidental » ou chinois. Il faut savoir que ce genre de chose n’a rien à voir ni avec la réalité astronomique, que l’on peut constater chaque nuit sous nos chaudes latitudes, ni même avec une certaine forme d’astrologie « sérieuse » prenant au moins en compte la réalité géographique ou temporelle des dites « influences ». Par exemple, il me souvient qu’une annonce horoscopique plaçait la planète Mars en Verseau, alors que le soir même la planète rouge était visible dans la constellation des Gémeaux. En fait, les textes des horoscopes sont, le plus souvent, achetés à des sociétés spécialisées, lorsqu’ils ne font pas l’objet d’interprétations faites par un astrologue « local ». Bien sûr, aucun sponsor ne prendra la peine de « vérifier » les sources des textes des horoscopes qui passent en boucle à la TV.

Il faut donc craindre que les Polynésiens subissent encore longtemps l’impact de l’intoxication collective des médias. Ce qui est bien dommage, car c’est un peu trop oublier que les anciens Océaniens avaient de grandes connaissances astronomico-astrologiques et que les pratiques polynésiennes, que l’on pourrait aujourd’hui qualifier d’ « astrologiques », pourraient avoir leur mot à dire en matière d’astrologie locale et, pourquoi pas, d’horoscope polynésien.

Les influences de la Lune, un "horoscope" polynésien ?

Si l’astrologie polynésienne existait, le calendrier lunaire peut également avoir servi aux tahua pour établir des pronostics concernant l’influence des lunaisons sur les caractéristiques des personnes nées sous telle ou telle lune. C’est un aspect du calendrier perpétuel que l’on connaît peu, mais qui était en vigueur, à Hawai’i, avant les premiers contacts.

Voici à titre d’exemple sur sept jours, les pronostics établis en fonction des lunaisons par les experts hawaïens.

RAPU (11ème lune) :

Un homme né ce jour-là ou cette nuit-là sera sage, modeste, bon, hospitalier. Il aura beaucoup d’ennemis qui comploteront contre lui et médiront sur lui à cause de sa renommée ; il sera méprisé et dérangé sans raison par n’importe qui. Il en sera de même pour une femme née ce jour-là ; son nom sera célèbre.

MA HARU (12ème lune) :

Un homme né ce jour-là sera sceptique, mécréant mais bon travailleur. Une femme née ce jour-là sera de même, mais indolente.

'OHUA (13ème lune) :

Un homme né ce jour-là sera prospère et il en sera de même pour une femme. L’homme sera aimé de tous, gentil, populaire. Il aura un nom célèbre, mais il n’en sera pas de même pour une femme.

MAITU (15ème lune) :

Un homme né ce jour-là sera riche mais sans respect pour ses parents ; ce sera un homme au coeur dure qui agira de manière déshonorante. Il dépensera tout ce qu’il possède avec beaucoup de prodigalité. Il en sera de même pour les femmes nées ce jour-là. Si l’homme naît le jour, ce sera une personne qui aime tout le monde, de même pour une femme.

HOTU (16ème lune) :

Un homme né ce jour-là deviendra célèbre, riche et comblé, mais il aura des ennemis ; de même pour les femmes qui seront actives.

MARAI (17ème lune) :

Un homme né ce jour-là sera un battant ; de même pour les femmes.

TURU (18ème lune) :

De très beaux enfants sont conçus cette nuit. Quiconque naît ce jour-là sera prospère, affectueux et aimé de tous.

Ce calendrier lunaire hawaïen attribut pratiquement à chaque lunaison une influence astrologique, influence près proche de celle de l’ « horoscope », du moins en ce qui concerne les naissances. A quand donc la diffusion, sur nos chaînes télévisées, d’un « horoscope polynésien » ?

 

Ceci dit, ne sombrons pas dans une nouvelle « intox » et précisons bien que :

  • Les Polynésiens n’ont jamais connu de constellations zodiacales et encore moins de « signes du zodiaque ».

  • Ils n’ont donc jamais connu d’ « horoscope » au sens strict du terme.

En effet, l’ « horoscope » est le signe ou la constellation qui se lève à l’horizon et que les astrologues orientaux et occidentaux considéraient comme étant l’élément majeur de l’influence astrologique sur les naissances.

Le calendrier lunaire ne constitue donc pas un horoscope comparable à celui de l’astrologie proprement dite.

Les vraies pratiques astrologiques des anciens Polynésiens

Avant l’arrivée des premiers Européens, au XVIIIè siècle, les peuples océaniens qui conquirent l’actuel triangle polynésien établissaient des pronostics astrologiques en fonction des phénomènes atmosphériques. Les prédictions étaient également établies en fonction des planètes et des étoiles. Ces prédictions, à Tahiti, ressemblaient fort, parfois, à celles établies en Mésopotamie.

« Lorsque Vénus et Jupiter apparaissent ensemble, au coucher de soleil, plusieurs fois de suite, cela signifie que deux chefs conspirent l'un contre l'autre (...). Lorsque les cornes du croissant lunaire étaient tournées vers le haut, cela signifie que deux tribus hostiles vont envahir le pays (...). Un grand nuage isolé au-dessus du Soleil couchant pouvait annoncer la mort d'un grand chef, et lorsque le nuage était rouge il était déjà mort ».

A Hawai’i, les prêtres-astronomes recevaient le nom de prophètes désigné en hawaïen par le mot kilokilo, dérivé de kilo, « chercher sérieusement ». Selon l’augure hawaïen Laukahikupua, les astrologues réglaient leurs observations tous les matins pour le bien-être du trône et du peuple, parce qu’ils leur posaient la question du vrai et du faux, de la vie et de la mort, dans la communauté humaine. Ainsi, à la naissance d’un fils de la famille régnante, l’astrologue sélectionnait la plus visible des étoiles qui montait à l’aube pour s’en servir comme étoile présidant à la destinée du futur chef. Quelquefois, le garçon était désigné par l’étoile Hökü ulua, Etoile Rouge, tandis qu’une étoile pouvait être renommée par un chef rendu célèbre par de prestigieux exploits. C’était particulièrement vrai dans les îles hawaïennes où les noms d’hommes illustres avaient remplacé les noms d’origine des étoiles en maintes circonstances et au cours d’époques relativement récentes.

« C’était par la position particulière des planètes en relation avec certaines étoiles fixes, que les astrologues fondaient leurs prédictions à propos des sorts des batailles et du succès des entreprises. La proximité des planètes par rapport à certaines étoiles était considérée comme l’indication certaine de la mort rapide de quelque chef d’importance ».

Les sources ethnographiques attestent en effet du pouvoir des astres sur les hommes. Voici quelques-uns des effets censés être produits par les planètes en Polynésie.

 1) Mars

A Hawai’i, Holoholo pina’au, Mars, était observé pour déterminer l’avenir en fonction d’un certain cercle de 12 étoiles à côté desquelles la planète rouge pouvait apparaître. Si ce cercle existait, un désastre était prédit pour le gouvernement. Il existait donc 12 étoiles importantes dans cet encerclement. Ce qui pronostiquait la bonne ou mauvaise fortune du gouvernement était la suivante : si Holoholo pina’au penchait du côté de ce cercle, soit au nord, au sud, à l’est ou à l’ouest, le gouvernement ne devait pas être inquiété. S’il allait entre ses étoiles ou à l’intérieur du cercle, alors il devenait parfaitement clair pour les astrologues que le gouvernement n’aurait pas de chance. A Tonga, on retrouve cette description de 12 étoiles se tenant en rond comme pour figurer un filet que l’on appelait kau kupenga. A l’île de Pâques, Mars, qui était craint pour ses influences maléfiques, était observé lorsqu’il passait à proximité du baudrier d’Orion et de Sirius alors qu’il semblait dessiner, avec ces étoiles, la forme d’un monstre marin. Toute la population pascuane était alors avertie par un observateur assigné à cette tache.

2) Jupiter

A l’époque où Kaumuali’i règnait sur Kaua’i à Hawai’i, Kamehameha s’était battu avec le chef de Maui, une des îles de l’archipel hawaïen. Il fut victorieux, comme il le fut à O’ahu (autre île de l’archipel), et se mit en tête d’affronter Kaumali’i, le chef de Kaua’i. Son astrologue consulta les augures du ciel, pour tous les sujets concernant les intérêts de la bataille. Mais lorsqu’il leva les yeux il vit Ikaika, Jupiter , au côté de l’étoile de Kaumuali’i. L’astrologue prophétisa alors : « Kaua’i sera à toi parce que c’est écrit. La terre sera la vôtre sans avoir à vous battre avec le chef de Kaua’i, ainsi en sera t-il pour toi ».

3) Vénus

Dans les îles Cook, les « yeux de Tane » étaient associés à l’étoile du matin (Vénus) et était observés pour la construction des lieux de culte rendu au dieu de la lumière. A Hawai’i, Tane (ou Käne) avait les attribut du soleil et l’éminente étoile de Käne, appelée Käne ka onohi o ka là, « Käne le globe de l’œil solaire » était une étoile (Vénus ou une supernova) qui était observée au-dessus de la lune et qui n’était visible que par les astrologues et les prêtres. Quand elle était aperçue, cela signifiait la mort du roi et il lui était demandé de rester chez lui sous bonne garde.

 


 

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