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Calendrier lunaire perpétuel

 

L’association C.I.E.L. a produit un calendrier lunaire de Tahiti qui est perpétuel, c'est-à-dire qu'il vous permet de trouver la lunaison du jour à toute occasion, pour chaque jour, mois, année... Les illustrations représentent les formes des lunaisons telles qu’elles sont réellement à Tahiti ainsi que dans toute la Polynésie française. Les noms des lunaisons du calendrier lunaire de Tahiti sont indiqués en tahitien, conformément à ceux employés par l’association Haururu.  Le mode d'emploi est indiqué en français comme la signification des lunaisons et leur emploi pour la pêche et l'agriculture. Pour la 2nd édition, nous avons ajouté un petit plus : le calendrier lunaire des anciens Hawaïens où la Lune influence les plantes et les hommes.

Vous pouvez vous procurer ce calendrier lunaire, en nous passant commande ou vous les procurer en librairie.

 

Pour employer ce "jeu", il faut ajuster la lunaison du jour au calendrier de la poste (type calendrier scolaire ou délivré par les banques), en plaçant le dessin de la nouvelle lune du jeu sur la date d’observation de la nouvelle lune inscrite au calendrier.

 

Astuce : pour connaître la lunaison exacte, vous pouvez consulter le site suivant :

 http://www.calculatorcat.com/moon_phases/moon_phases.phtml

Pour passez votre commande : ciel.polynesien@mail.pf

 

Présentation du ciel des anciens Polynésiens

Les constellations polynésiennes

Le ciel astronomique est, par définition, un ciel constellé d'étoiles reliées par des lignes imaginaires qui forment des représentations d'un type figuratif au pouvoir évocateur de légendes, de mythes et d'histoires propres aux cultures qui en sont les " inventeurs ". Existe t-il des constellations polynésiennes ? Teuira Henry, dans son Tahiti aux temps anciens témoigne, page 369, de l'existence de constellations, pour le moins dans les îles de la Société, en indiquant que le terme "hui fetü" ou "hui fetia" signifie "constellation". Alors, quelles sont leurs particularités, sont-elles, comme presque partout ailleurs, attachées à des mythes astronomiques ?

Hameçon, pirogue et oiseau

Selon nos recherches, il apparaît un certain nombre de constellations aux représentations très spécifiques à la tradition polynésienne : pirogue, hameçon, requin, oiseau … Ce qui est le plus caractéristique des étoiles polynésiennes c'est bien la nature de leur identification, car la plupart des étoiles ou des constellations regroupant plusieurs étoiles sont identifiées aux outils de pêche et de navigation (filet, hameçon, pirogue), aux poissons (le motif le plus fréquent est le requin) ou aux oiseaux. Moko roa i ata ou Mako roa (Rarotonga) désigne la Voie Lactée et un poisson qui insulta Tangaroa qui le tua et le projeta dans le ciel.

 La Voie Lactée est représentée sous différentes formes dans les rongo rongo pascuans : un poisson céleste ou un grand requin. En Nouvelle-Zélande, " Grand lézard " ou Moko roa, pourrait être comparable au signe 760 identifié par Barthel comme étant cet animal. Les légendes polynésiennes parlent de la transformation de Tangaroa en pirogue, de la déesse lunaire qui monta au ciel en pirogue. Presque tous les Polynésiens reconnaissent une Grande Pirogue dans le ciel quelque part près des Pléiades . Pour les Maoris, le milieu de cette pirogue était les Hyades, les Pléiades formaient la proue et la ceinture d'Orion était l'arrière. Orion représentait un câble et la croix du Sud marquait l'ancre. Pour d'autres, tel Best, c'est la Queue du Scorpion qui aurait été la pirogue céleste porteuse des étoiles du firmament, et c'est cette constellation que les navigateurs ancestraux ont pu suivre sur leur pirogue. Hameçon magique pourvoyeur d'îles, tel Ta Matau o Maui, ou à Tahiti Ta Matau o Tafai (selon, Teuira Henry, p.414, note 3), Oiseau signe avant-coureur d'un terre émergée (Manu, à Kapingamarangi), Cerf-volant (celui de la légende des Pipirima, dans les îles de la Société) qui jadis servait aussi à la pêche , Requin emblème génésique par excellence (Te moko roa, à Rarotonga)... sont autant de " signes " qui font la jonction du ciel et de la mer, fonction essentielle de l'imaginaire astronomique des Polynésiens qui découvrirent et peuplèrent les dernières terres vierges du Pacifique.

 

Un ciel miroir de l'océan

On serait tenter de comparer ces motifs à la nouvelle collection d'objets que les Occidentaux ont parsemés dans le ciel austral lors de leur découverte maritime. Compas, boussole, machine en tout genre ornent le ciel de la nouvelle nomenclature astronomique qui, d'une certaine façon, se veut en rupture avec la tradition mythologique. Pourtant, le symbole astronomique ne se réduit pas, en Polynésie, aux " objets " figuratifs des technologies maritimes, comme il en fut en Occident lorsque navire, poisson, boussole vinrent s'ajouter aux constellations astrologiques. La symbolique du ciel polynésien ne doit pas être entendue au sens réducteur du signe, car l'évocation astronomique des Polynésiens recouvre le champ de l'évocation où, par exemple, à travers le motif de l'hameçon, l'objet en question est un outil ancestral, transmis de génération en génération qui symbolise la geste de Maui, parti vers l'ouest à la recherche de la magie séculaire capable de donner aux futures générations de nouvelles terres émergées.

 

Ainsi la technologie de la pirogue double, qui fut le fer de lance de la civilisation polynésienne, ainsi que les techniques de pêche et de navigation semblent occuper une place importante dans le ciel d'avant le premier contact, mais le ciel ne se réduit pas, dans le contexte polynésien, à l'objet technologique des " signes " de la pêche et de la navigation. Astres et constellations, dans la tradition polynésienne, sont aussi personnifiés par des acteurs de récits pseudo historiques, ou bien par des héros, tels Maui ou Tainui. Les constellations polynésiennes font donc l'objet de multiples versions mythologiques. En tant qu'enjeu du pouvoir et des rivalités généalogiques, le ciel participait de la mise en place de " symboles " évocateurs, c'est-à-dire de relations culturelles inconscientes ou, en d'autres termes, de structures relevant donc d'un langage spécifique. Il semble bien que l'océan ait été pris comme langage, à travers les différentes langues polynésiennes qui s'y réfèrent, pour donner au ciel un rôle de miroir réfléchissant.

Louis Cruchet

 

Nouveau : version tahitienne de Stellarium

Dans le cadre de l’Année Astronomique AMA09, le Centre d’Investigation en Ethnoastronomie Locale (C.I.E.L.) a produit une version tahitienne de Stellarium v.0.9, un programme astronomique libre. Il s’agit d’un « habillage » du ciel virtuel par la vision conforme à l’ethnographie témoignant de la tradition tahitienne, tout particulièrement, et, plus largement, des traditions astronomiques dans les îles de la Société.

Cette version a pu voir le jour grâce à Renaud Savalle, pour l’application informatique, Grégory Gontier, pour la création graphique, et Louis Cruchet pour les sources ethnoastronomiques.

Cette version comporte :

1) les différents noms en tahitien des étoiles connues dans la tradition orale répertoriée par l’ethnographie (une seule étoile pouvant être nommée par plusieurs désignations) ;

 

2) une ébauche de quelques constellations tahitiennes comme le Scorpion, la Voie lactée, les Pléiades, la Croix du Sud et le Poisson austral.

 

Cette deuxième option est temporaire, car le C.I.E.L. travaille sur un projet de plus grand échantillonnage de constellations tahitiennes, tels que les Gémeaux, Persée et la Grande ourse, en tenant compte de modifications susceptibles d’être ajoutées aux constellations précédentes.

La nouvelle version tahitienne de Stellarium n’est pas encore accessible en ligne. Elle ne le sera que dans un délai non encore déterminé, en raison de problèmes techniques, c’est pourquoi notre association a créé ce CD afin de donner accès à cette version dès à présent.

 

Prix du CD : gratuit pour les membres du CIEL., sinon 1500Fxp (12,5 €) + frais de port pour la métropole

 

Pour passez votre commande : ciel.polynesien@mail.pf

 

Le cycle des Pléiades et les rites de fertilité:

Les Pléiades et la naissance de l'agriculture

Partout dans le monde, les Pléiades ont toujours fasciné en rendant de grands services à l’agriculture naissante, car l’observation de ce petit groupe d’étoiles semble avoir permis d’établir les premiers calendriers astronomiques utiles à l’agriculture.

James Georges Frazer (1854-1941) établit le rôle particulier joué par les Pléiades en Afrique, en Asie et en Amérique du Nord. L’une des caractéristiques essentielles du rôle des Pléiades reste cependant relative à la détermination des travaux agricoles. L’auteur précise que dans quelques districts des Célèbes Septentrionales, on préparait les rizières pour la culture quand on voyait les Pléiades à une certaine hauteur au-dessus de l'horizon. Quant aux Dayaks de Sarawak, les Pléiades elles-mêmes prévenaient du moment à se mettre à cultiver. Selon l’ethnologue, les Malais suivraient leur exemple : quand approche le moment de défricher des terres vierges dans la forêt, on désignerait un sage pour observer les Pléiades. Chez les Bantous de l'Afrique du Sud, le lever des Pléiades immédiatement après le coucher du soleil aurait été considéré comme le signal de l'époque des plantations. Les Cafres du Sud de l'Afrique faisaient partir leur nouvelle année de l'apparition des Pléiades, juste avant le lever du soleil, et fixent l'époque des semailles par l'observation de cette constellation.  Les Amazoulous appelaient les Pléiades Isilimela, c’est-à-dire les étoiles à bêcher, parce qu'on commençait à bêcher quand les Pléiades apparaissaient. Dans certaines tribus de l'Afrique Centrale, le lever des Pléiades indiquerait de se mettre à biner. Aux Masais de l'Afrique-Orientale, l'apparition des Pléiades à l'ouest montrait le début de la saison des pluies, qui tire son nom de la constellation. Les Nandis avaient un nom particulier (Koremerik) pour les Pléiades et c’était par l'apparition ou la non-apparition de ces étoiles que les Nandis étaient censés savoir s'ils pouvaient espérer une bonne ou une mauvaise récolte.

 Manifestation "exubérante" à l'apparition des Pléiades 

Les Polynésiens étaient très préoccupés par l’apparition héliaque et vespérale des Pléiades (Matari’i) auxquelles ils prêtaient des liens secrets avec la vie, le cycle d’abondance et la fertilité. Depuis les recherches de Marcel Griaule, en Afrique occidental, on connaît bien le rôle prépondérant des astres (notamment le Soleil, Vénus et les Pléiades) en relation avec les rites de passages et la distinction des sexes, rôle que l'on retrouve en partie en Amérique Centrale et en Nouvelle-Zélande. Chez les Dogons, les liens des astres avec les rites de passage, excision et circoncision, tentent à conjurer la « fluidité » des sexes en soulignant leur distinction. Chez les Polynésiens, on connaît moins bien les liens astraux avec les rites assurant la rupture des étapes du cycle de la vie et de la mort, comme la rupture des os à la mort d’un adulte ou celle du cordon ombilical après le décès d’un enfant. Alors que l'on a fait couler beaucoup d'encre sur les questions de ces rites en Afrique et dans les deux Amériques, l’impasse est faite sur ces questions dans le contexte polynésien où pourtant la tradition orale relate la pratique fort répandue, chez les Maoris de Nouvelle-Zélande, dans les îles Cook et aux Tuamotu, de danse exubérante, à connotation sexuelle, lors de l’apparition des Pléiades (voir illustration ci-contre).

En Nouvelle-Zélande, les chefs maoris se sont appropriés le pouvoir reproducteur de la Terre-Mère, symbolisée par les Pléiades, et l'ont dominé en codifiant l'interdit qui pesait sur elle en fonction des étoiles. Ainsi, les chefs de Nouvelle-Zélande s'identifièrent aux sept étoiles des Pléiades qui marquaient le début de l'année en mai et l'imposition du tabou agraire sur les champs de patate douce. Best et Makemson nous parlent des danses rituelles, à l’apparition des Pléiades, pratiquées en Nouvelle-Zélande et aux Tuamotu, que certains récents travaux ethnologiques semblent confirmer pour ce qui concerne la tradition orale des Tuamotu. Le révérend Gill nous parle aussi de ces danses aux îles Cook. Source ethnographique et tradition orale semblent concorder sur l’aspect « provocateur » des danses et des attitudes gestuelles jugées « exubérantes », par les témoins oculaires, visant à conjurer la manne céleste lorsqu’elle présageait de funeste horizon.

D’autres pratiques existaient il y a encore peu de temps, à Rapa Nui (île de Pâques) et à Ra’ivavae (Archipel des Australes, Polynésie française).A l’île de Pâques, les chefs semblaient pouvoir gouverner les étoiles comme les plantes. C’est le roi qui donnait son mana à Matamea, nom pascuan donné à Mars, planète qui était censée provoquer de terribles catastrophes. Il faut aussi évoquer les Pléiades qui semblent marquer le début de la compétition de l’homme-oiseau (tangata manu) et par conséquent marquer l’ascension temporaire au pouvoir du chef sorti vainqueur de cette compétition. Selon Edmundo Edwards[1], les Pléiades auraient marqué le début des festivités lors du solstice d’hiver, les phases lunaires jouant également un rôle de premier plan pour ce même calendrier festif qui débutait fin juin lors de la période nommée tonga nui (grand hiver). Cette période était surtout consacrée aux danses et aux diverses prestations d’exubérance et de rites de fertilisation. Alors que les « champions » se préparaient au village Orongo, sur la crête du cratère ouest de l’île, à l’opposé, au sommet du plus vieux cratère, le Poike, les jeunes vierges se préparaient à un autre concours : celui qui consiste à posséder les plus longues lèvres du clitoris. Leur retraire dans les grottes du Poike avait pour but de leur donner une peau blanche et de sacraliser leur future fertilité symbolisée par la longueur de leur clitoris.

Il semble que le cas des vierges pascuanes ne soit pas un cas isolé. Comme nous le décrit Frank Stimson au XIXè siècle, puis Donald Marshall au XXè, les jeunes filles de Ra’ivavae étaient soigneusement élevées et choyées, leur peau préservée et protégée de l’effet du soleil. Plus étonnant, leurs organes sexuels faisaient l’objet d’une attention très spéciale. C’était une manipulation du clitoris, lequel était au fil de la croissance continuellement massé, pétri par la mère afin qu’il se développe le plus possible. La consécration de cette pratique culminait lors de l’exposition des parties intimes de la fille dans l’enceinte sacrée d’un lieu de culte polynésien (marae). Là le clitoris des demoiselles était d’abord inspecté et mesuré avec un étalon en bois de rose (miro) par le grand prêtre, puis une cérémonie avait lieu pendant laquelle la jeune fille pubère et ses compagnes devaient exposer leurs membres afin que les guerriers choisissent leurs épouses.

A l’île de Pâques, nous avons rencontré les mêmes témoignages. Selon la tradition, il y aurait une relation entre le lignage de la confrérie des Miru, à Poike, et les rites de la puberté des jeunes filles vierges pour assurer la pérennité des chefs. Ainsi, après le retour de l’athlète parvenu le premier à posséder l’œuf de la fertilité, les jeunes filles étaient portées depuis le sommet du Poike, car elles étaient presque devenues aveugles, et elles étaient amenées sur le site du village Orongo où l’une des pierres de la jetée de l’ « homme-oiseau » (tangata manu) porte encore aujourd’hui la marque des mains et des pieds de ces jeunes prétendantes. C’est qu’à leur arrivée, elles devaient écarter les jambes afin que le grand prêtre puisse examiner et mesurer la taille des lèvres de leurs sexes. Celle qui avait les plus longues lèvres était considérée être la plus belle et par conséquent elle devenait la promise du prince, avec lequel elle ne s’unissait d’ailleurs que cinq à six mois après la fin de sa retraite au pied de la carrière du Rano Raraku.

En ce qui concerne Ra’ivavae comme Rapa Nui, il semble donc exister des rapports étroits entre l’apparition des Pléiades, le cycle des festivités et des rites annuels et l’exposition des lèvres du sexe des jeunes vierges, le rythme de la danse et de la musique symbolisant la liaison anthropocosmologique entre cycle des Pléiades et cycle de procréation et de fertilité. Dans cette perspective, les représentations collectives des rapports à la Terre-Mère, ritualisées par les danses ont pris une dimension exubérante dans les rites astraux des Polynésiens.

Louis Cruchet


[1] Edmundo Edwards, « Arqueoastronomia Rapa Nui, festival del solsticio de invierno », conférence du 22-23/6/02

 

Images

 

Les Pléiades en Nouvelle Zélande

Les Pléiades
nomenclature moderne

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Le tupa
observatoire de l'île de pâques

Maui attrapant le soleil

Hina dans la lune

Représentation de l'univers aux Tuamotu (Anaa)

Représentation de l'univers aux Tuamotu (Anaa)

Représentation de l'univers aux Tuamotu (Anaa)

 

Représentation de l'univers aux Iles Cook (Mangaia)

 

Univers aux Tuamotu (proche maoris NZ) 

Lune et comètes

 

Carte de Rapa Nui

Trois tortues
(Rapa Nui)

 

Le Scorpion (1)

Le Scorpion (2)

Les constellations (1)

Les constellations (2)

 

 

 

 

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